Celare (2014 - 2015)
Notes de programme
Cenk Ergün s’intéresse à la création de champs sonores quasi statiques, composés de motifs répétitifs, de sons soutenus et de ce que l’on pourrait qualifier «d’îlots sonores»: de brefs événements entourés de silence. Les deux œuvres, Sonare et Celare, explorent ces préoccupations à travers des approches opposées. La première se déploie à partir de répétitions de motifs rapides, puissants et dissonants, évoquant parfois l’univers sonore d’un essaim de guêpes, tandis que la seconde propose un environnement doux et épuré, dans lequel des harmonies simples et transparentes résonnent à la croisée brumeuse de la musique ancienne européenne et de la musique modale turque.
Sonare a été composée en étroite et rigoureuse collaboration avec le JACK Quartet. Dans un premier temps, le quatuor a interprété et enregistré une notation contenant les esquisses initiales de quelques motifs répétés. À l’aide d’un logiciel audio, j’ai ensuite découpé ces enregistrements en fragments minuscules, que j’ai traités comme une matière première afin de générer une infinité de nouveaux motifs. Ceux-ci ont été retranscrits en notation pour être à nouveau interprétés et enregistrés par le JACK Quartet. La partition finale est le résultat de nombreuses itérations de ce processus d’allers-retours entre l’audio et la notation.
Alors que Sonare place le bruit dans une grille rythmique afin de former une série de motifs quasi mécaniques, Celare s’attache à la clarté et à la précision des sons, inscrits dans un cadre temporel fluide et non mesuré. Jouées mezza di voce — une technique baroque consistant à faire doucement croître puis décroître chaque note jouée à l’archet —, les sonorités de l’ouverture de Celare s’inspirent des premiers quatuors à cordes, notamment de la Sonata a quattro no 4 d’Alessandro Scarlatti. Je souhaitais créer un univers sonore d’une pureté comparable dans le contexte de l’intonation juste, tout en laissant place à la dissonance. En explorant ces sonorités, j’ai découvert des fragments mélodiques issus de modes turcs. Ces vestiges de la musique monophonique se transforment alors en éléments constitutifs de la progression calme d’accords denses et soutenus qui structurent le cœur de l’œuvre.
Écrites entre 2015 et 2016, ces œuvres ont été jouées à travers les États-Unis et l’Europe, notamment lors de la Biennale du New York Philharmonic, à l’Elbphilharmonie et au Festival de Lucerne.
Représentations
| Saison | Date | Concert | Membre(s) |
|---|---|---|---|
| 2025-26 | QUATUOR BOZZINI - PORTRAIT UÇANOK-ERGÜN / SEMAINE DU NEUF |