Nouvelles / Dépêches

Discours de Jean Derome

Jeudi 6 juin 2013

La remise de la bourse de carrière du CALQ à Jean Derome s’est déroulée le 5 juin 2013 au Théâtre rouge du Conservatoire de musique de Montréal.

Il nous a livré un discours politique et humain très éloquent sur la réalité de nos créateurs.

Monsieur Stéphan La Roche, distingués invités.

Je tiens à remercier vivement le Conseil des arts et des lettres du Québec pour l’octroi de cette bourse de carrière, en y ajoutant une pensée toute particulière pour les membres du jury qui ont cru bon de soutenir mon projet et pour Joane Hétu et Clément Topping qui m’ont judicieusement conseillé dans l’écriture de ma demande.

Je suis musicien et je fais un métier merveilleux.

Chaque journée est différente.

Mon métier est très simple, il suffit de faire en sorte que les sons qu’il faut arrivent au moment où il faut.

Je travaille quotidiennement avec des musiciens et des artistes fabuleux dans toutes les disciplines et je me trouve vraiment chanceux d’avoir réussi à vivre uniquement de jouer et de composer de la musique.

Pourtant, après quarante ans de métier, je n’ai aucune sécurité financière et ma survie ne dépend uniquement que de ma santé et de ma vitalité.

C’est une des âpres beautés de mon métier, de ne pouvoir établir aucun rapport direct entre la qualité du travail et l’argent gagné. Pour le même travail, on peut recevoir peu, beaucoup ou… rien.

On passe même d’assez longues périodes où: plus on progresse, moins on gagne.

Presque aucun des projets que j’ai pilotés, ou auxquels j’ai participé, n’a connu le succès.

C’est dire que chaque nouvelle production devient un événement unique et précieux qui ne sera probablement jamais repris. La première mondiale coïncide généralement avec la dernière mondiale.

Mon métier m’a donc accoutumé à produire d’importantes quantités de nouvelle musique… et d’adrénaline!

Le fameux tromboniste Hugh Watts s’était mis à élever des chèvres vers la fin de sa vie. Il disait: «Ce n’est pas elles qui me font vivre, c’est moi qui les fais vivre».

On oublie trop souvent qu’en art, le principal subventionneur est l’artiste lui-même.

On n’a pas idée de la qualité d’implication, et de l’intensité de l’effort collectif qui sont investies par les musiciens créatifs au Québec, simplement pour que cette musique puisse continuer d’exister et de connaitre cet essor artistique remarquable.

La force de cette musique se mesure à la générosité et à l’engagement de toute une communauté.

On a poussé comme du chiendent et notre société aura beau planter ses tulipes, les fleurs sauvages ne cesseront jamais de percer le bitume.

La musique actuelle est devenue un des fleurons artistiques du Québec.

Pratiquée au début par une poignée d’irréductibles pionniers, je pense, entre autres, aux fondateurs de l’étiquette de disque Ambiances Magnétiques, cette musique est maintenant défendue avec brio par toute une génération de jeunes musiciens et musiciennes qui sont pour nous, une source d’inspiration et d’encouragement quotidienne.

L’essor de notre société va dépendre beaucoup des efforts et des argents canalisés vers la recherche, la créativité et l’audace dans tous les domaines.

Ce qui me frappe dans notre société, c’est qu’on n’entend jamais parler d’art moderne excepté quand ça coute très cher. On dirait qu’avec l’art, la seule chose qui intéresse les médias et leur public, c’est son prix, et le scandale d’avoir dépensé du précieux argent pour créer une chose inutile.

Pourtant, je considère qu’une société devrait être fière de dépenser de l’argent «inutilement».

Dresser «inutilement» un grand feu de joie le 24 juin, un des jours les plus longs et les plus chauds de l’année, c’est affirmer son existence, sa liberté et son identité.

C’est justement quand nous allons au-delà de notre «bête» instinct de survie que nous faisons la preuve de notre humanité. Il faut préserver à tout prix notre goût pour l’art, le rituel, la fête.

Une demande de subvention est une occasion de rêver.

Rêver en quoi de l’argent pourrait rendre possible des choses qui ne le seraient pas autrement.

Je pense à un arbre qui n’a pas poussé tout à fait rond, à cause de l’ombre que lui porte un immeuble. Son désir de pousser harmonieusement demeure inaltérable et quand l’immeuble sera démoli, son feuillage redeviendra rond.

Même si, en musique nouvelle, cette bourse de carrière représente une somme d’argent importante, j’ai eu quelques difficultés à l’expliquer à mon beau-frère avocat qui touche probablement des montants comparables en bonis plusieurs fois par année.

60,000$? Sur deux ans? Une seule fois dans ta vie? Imposable?

Pour se sentir libre de l’argent, il n’y a que deux méthodes: ne pas en avoir du tout ou bien en avoir beaucoup.

Pour une fois, je serai ravi d’essayer la deuxième solution!

J’espère que l’obtention de cette bourse de carrière enverra un message positif à toute ma communauté, en tout cas, à moi, elle posera de nombreux problèmes intéressants à résoudre pour les 3 prochaines années.

Mon projet comporte deux volets principaux qui partagent une caractéristique commune: une action concertée et «concertante» sur un vaste territoire et aussi le goût de sortir la tête de l’eau un bref moment pour savoir où je suis.

Oser se donner un plan d’ensemble, devenir ce général qui peut orchestrer son attaque au lieu d’être le soldat qui court aveuglément dans la boue et le fracas.

Je veux préparer un événement qui s’étendra sur toute la saison artistique 2015-2016, année qui coïncidera avec mes 60 ans. Pour le moment, ça s’intitule: «L’année Jean Derome» et déjà, les Productions SuperMusiques m’ont offert leur aide pour la coordination de mon plan.

Il s’agira de proposer un projet différent à plusieurs ensembles et organismes intéressés par la musique nouvelle au Québec. J’envisage un peu ce projet comme un seul vaste concert qui durerait un an et qui agirait (de manière homéopathique) sur le territoire québécois en entier.

Avis aux intéressés!

Je suis moins difficile d’approche que certaines de mes musiques.

L’autre volet de mon projet est d’agir sur un territoire qui me semble très vaste lui aussi: mes archives musicales! Le rythme trépidant et incessant de mes activités depuis 1971 m’a fait accumuler énormément de documents, compositions, musiques pour le cinéma, le théâtre, la danse, enregistrements de concerts sous différentes formes et différents supports, affiches, photographies, etc. J’aimerais entreprendre enfin, la mise en valeur de ce matériel afin de le rendre plus accessible. «Déprivatiser» mes archives.

Vous connaissez peut-être cette expérience scientifique qui a été tentée dans un grand aquarium avec un barracuda. On a placé une vitre séparant l’aquarium en deux et mis de l’autre côté, d’alléchants petits poissons. Plusieurs fois de suite, le barracuda se précipite vers eux et se heurte violemment à la vitre. Une fois la vitre retirée, notre vorace barracuda ne songe même plus à aller de l’autre côté.

C’est la première fois dans ma carrière que j’ai l’impression de me faire offrir une telle «marge de manœuvre». La barrière est levée, mais le barracuda en moi n’a peut-être pas encore tout à fait compris ce qui venait de lui arriver…

Fin de semaine de festivals au Québec

Jeudi 16 mai 2013

Le 29e Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV) se met en branle cette semaine pour quatre jours de concerts et d’activités. Du 16 au 19 mai se produisent la crème des improvisateurs et musiciens de la scène actuelle. Dès jeudi, les artistes Jean-François Laporte des Productions Totem contemporain et Tim Brady de Bradyworks offrent des performances énergiques avec Rust et Atacama: Symphonie #3.

Également cette fin de semaine, le Festival des musiques de création propose une programmation innovatrice au public du Saguenay—Lac-Saint-Jean. Du 16 au 25 mai, ce sera une autre occasion de vivre Rust de Jean-François Laporte ainsi que l’univers Y’a du bruit dans ma cabane de l’Ensemble SuperMusique. Il y a bien entendu plein d’autres découvertes à faire, en plus de profiter de l’ambiance unique de la très belle ville de Jonquière.

Et comme dirait Saint-Saëns de son Carnaval, bon festival! bons festivaux!

Joyeux anniversaire

Jeudi 16 mai 2013

Le Quatuor Molinari célèbre son 15e anniversaire ce vendredi en offrant ses coups de cœur. L’ensemble présente les «classiques» qui ont marqué le cours de son histoire: R Murray Schafer, Béla Bartók, Sofia A Goubaïdoulina et Alfred Schnittke. M. Schafer sera d’ailleurs présent pour assister à la création de son 12e quatuor à cordes, ainsi que pour un vin d’honneur festif. Un tout nouveau disque contenant les quatre derniers quatuors du compositeur canadien est disponible depuis la fin avril chez tous les bons disquaires.

L’excellence est au rendez-vous avec le Quatuor Molinari qui, au fil du temps, a remporté 14 prix Opus, a été un des Coups de cœur de l’Académie Charles-Cros, a produit 11 CD, a joué 154 œuvres dont 57 créations et 42 commandes. Le QM s’est affirmé comme un monument musical de la scène montréalaise, québécoise et canadienne. En cinq éditions du Concours international de composition qu’il parraine, 650 œuvres inédites ont été écrites. Un autre indicateur de l’importance de l’événement: Espace Musique, qui n’a plus l’habitude de se déplacer souvent, en fera la captation.

Venez souligner ce grand moment!

Coups de cœur des 15 ans du Quatuor Molinari
17 mai 2013 — 20h
Salle de concert — Conservatoire de musique de Montréal

Grand Rendez-vous de la musique 2013

Lundi 13 mai 2013

Le Conseil québécois de la musique (CQM) invite ses membres à profiter du prochain Grand Rendez-vous de la musique les 5 et 6 juin prochains au Conservatoire de musique de Montréal. C’est l’occasion idéale de parfaire sa formation et ses connaissances en participant aux ateliers, mais également de rencontrer les acteurs du milieu ainsi que les diffuseurs. C’est une opportunité de réseautage unique orientée afin de favoriser la circulation de la musique au Québec.

Pendant que les diffuseurs s’initient aux divers styles musicaux, des formations sur la préparation de tournée, la mise en vente des concerts et sur le développement de public sont offertes aux participants. Le CQM propose également une table ronde sur la valeur de la musique animée par le journaliste de Radio-Canada Frank Desoer.

Nouvel Opus

Mardi 29 janvier 2013

Faste récolte pour les musiques nouvelles au gala des prix Opus du Conseil québécois de la musique (CQM). La vitalité et la richesse du milieu québécois de la musique étaient à l’honneur lors de cette soirée festive. Elles ont d’ailleurs été maintes fois célébrées par les représentants des différents conseils des arts, ainsi que par le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto.

Ainsi les musiques nouvelles se sont distinguées, d’abord dans leur propre catégorie:

Disque de l’année musique moderne, contemporaine: Denys Bouliane, Denis Gougeon, John Rea, Nouvel Ensemble Moderne, Lorraine Vaillancourt, ATMA classique.

Disque de l’année musique actuelle, électroacoustique: Palimpsestes, Robert Normandeau, empreintes DIGITALes.

Création de l’année: Atacama: Symphonie n°3, Tim Brady, Atacama!, Bradyworks et Vivavoce, 12 juin 2012.

Article de l’année par Marie-Hélène Benoit-Otis.

Compositeur de l’année: Simon Bertrand.

Concert de l’année musique moderne, contemporaine: Louise Bessette: 30 ans de carrière, SMCQ en collaboration avec la Chapelle historique du Bon-Pasteur, 31 mars 2012.

Concert de l’année musique actuelle, électroacoustique: AKOUSMA 8: sens_action: France Jobin, Réseaux des arts médiatiques, 14 octobre 2011.

Mais voilà, le concert Louise Bessette: 30 ans de carrière a également raflé l’Opus du Concert de l’année — Montréal. The Tempest de Thomas Adès présenté au festival d’opéra de Québec est le Concert de l’année — Québec, mais également l’événement musical de l’année. De plus, un vibrant hommage a été rendu à François Morel, homme de la modernité, pour ses 65 ans de carrières.

Félicitations à tous les lauréats, ainsi qu’à tous les finalistes.

2012, grand cru Bozzini

Mardi 15 janvier 2013

Le Quatuor Bozzini est en lice pour le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal (CAM). L’ensemble fait donc partie de cette courte liste de finalistes ayant contribué de façon remarquable à l’évolution de leur discipline au cours de l’année 2012. Le Jury a reconnu «l’audace des choix artistiques et l’engagement envers la musique contemporaine» du quatuor. «C’est une reconnaissance pleinement méritée qui démontre la mission d’exploration que s’est donnée la direction artistique de Bozzini qui questionne et développe à travers chaque projet l’avenir du quatuor à cordes. Le Vivier est fier d’eux et du dynamisme qu’ils insufflent au milieu des musiques nouvelles.» Pierrette Gingras, directrice générale du Vivier.

Chaque finaliste reçoit une bourse de 5000$ et le lauréat remporte 25 000$ en plus d’obtenir une œuvre commandée à un artiste montréalais. Outre le Quatuor Bozzini, L’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec qui réalise la Biennale internationale d’art numérique (BIAN); le festival de théâtre contemporain TransAmériques; l’Art actuel 2-22 qui comprend Artexte, le Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec et la galerie VOX, centre de l’image contemporaine; la troupe de cirque Les 7 doigts de la main; Les Ballets jazz de Montréal; le studio Wapikoni Mobile; Terres en vues pour son festival Présence autochtone ainsi que l’Association des libraires du Québec sont également finalistes. Le gagnant sera dévoilé le 19 mars prochain.