Nouvelles / Chroniques

Guide d’exploration: Jardins migrateurs

Mardi 4 septembre 2012

L’ensemble musical Constantinople tire son nom de l’ancienne cité méditerranéenne éclairant l’Orient et l’Occident. Il puise allégrement dans ce symbole, creuset des cultures, des héritages, des identités. Et Kiya Tabassian (sétar et chant), né en Iran, arrivé au Québec à l’adolescence et sillonnant désormais le monde, s’en fait l’incarnation. Tout autant que Ziya Tabassian (tombak et percussion), Pierre-Yves Martel (viole de gambe) et leur invité Ablaye Cissoko (kora et chant). Chacun, à sa façon, fait du métissage musical son terroir. La rencontre jouée dans cette broderie persane, occidentale et africaine, cette union des voix et des cordes, des spiritualités et des poésies, invite à prendre le temps: celui d’une escapade dans le jardin du monde.

Attraits

Pour l’occasion Constantinople croise la route d’un griot, le Sénégalais Ablaye Cissoko. Véritable institution de la tradition orale en Afrique de l’Ouest, le griot est l’équivalent du conteur québécois, mais avec la reconnaissance du notaire. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une fonction, mais une véritable caste au service des seigneurs dont les savoirs se transmettent de génération en génération. Ablaye Cissoko est l’héritier de cette tradition, descendant des premiers griots au temps du royaume Mandingue - en partie le Mali, Sénégal, Guinée, Ghana, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Burkina Faso actuel - et de son apogée sous le règne de l’empereur Keïta. Le temps n’est plus aux conquêtes, mais à l’appel au calme. C’est au son de sa kora, harpe luth d’Afrique de l’Ouest, et sa douce voix qu’il «apaise le cœur des hommes».

Gourmandise pour les oreilles

Manger chez Constantinople est une expérience audacieuse. De petits plats, façon mezzé [http://fr.wikipedia.org/wiki/Mezzé], seront servis à vos oreilles dans l’ambiance conviviale d’un banquet. Comme la tradition culinaire méditerranéenne le veut, les plats sont façonnés de produits simples, frais pour en faire ressortir tous les arômes, toutes les saveurs à leur état brut. Dans ce cas-ci les influences africaines seront notoires. L’importance est mise sur la qualité du produit de départ, qui est biologique et local; vous pourrez ainsi savourer le tout sans avoir mauvaise conscience.

Équipement requis

Vous pouvez certainement vous mettre en appétit avec la voix et la kora d’Ablaye Cissoko, instrument que trop rarement entendu à Montréal. [http://www.youtube.com/watch?v=VNP_i9md9G4]

Faites connaissance avec Ablaye Cissoko

[http://www.dailymotion.com/video/xnxb57_ablaye-cissoko_music]

[http://www.dailymotion.com/video/xqn0ch_the-griot-a-man-and-his-musik_music]

Guide d’exploration: L’Homme et son désir

Jeudi 30 août 2012

La Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) amorce sa 47e saison de concerts avec le prestigieux Walter Boudreau aux commandes. Avec ses concerts, sa série Hommage, son festival MNM et ses activités jeunesse, elle est à la fois une tribune pour les compositeurs d’aujourd’hui et une fenêtre ouverte sur la création pour tous.

Attraits

Œuvre phare de ce concert, L’Homme et son désir de Darius Milhaud, est une perle oubliée du début du 20e siècle. L’écriture vagabonde et enchanteresse du compositeur y traverse la forêt amazonienne, inspirée par son séjour au Brésil avec Paul Claudel, auteur de l’argument. Darius Milhaud nous délivre une œuvre intemporelle, dans laquelle les rythmes jazz et afro-brésiliens nous transportent dans leur sillage, tandis que la finesse de la percussion, à son paroxysme, suffit par sa seule présence à susciter l’émotion.

La Saskatchewannaise Nicole Lizée nous livre une création: The Man With the Golden Arms. Concerto pour batterie et orchestre de musique de chambre, avec une belle place réservée aux percussions.

L’interprétation d’un compositeur d’ici, Michel Longtin, clôturera la soirée avec une œuvre spectaculaire et touchante, dans l’esprit des musiques de films de Jerry Goldsmith.

Gourmandise pour les oreilles

Ce premier concert de la saison comblera toutes vos papilles. La SMCQ présente une symphonie de goûts; une véritable fête pour votre palais. L’occasion rêvée pour explorer des saveurs aussi diverses qu’enchantantes!

Équipement requis

Pour mieux apprécier ce concert, apprenez à connaître la SMCQ et les compositeurs.

Vidéo de la Saison SMCQ [http://www.youtube.com/watch?v=SzW8v7EzoRo]

Article sur Darius Milhaud [http://fr.wikipedia.org/wiki/Darius_Milhaud]

Entrevue avec Longtin qui explique son parcours musical [http://cec.sonus.ca/econtact/10_2/LongtinMi_Bouhalassa.html]

Vidéo d’une œuvre de Nicole Lizée [http://www.youtube.com/watch?v=_wp1Fcc0-CU]

Pourquoi aller au concert de la… Société des arts libres et actuels

Mario Gauthier
Mercredi 30 mai 2012

Il y a une dizaine d’années — j’étais encore à la radio à cette époque — j’ai soudainement commencé à entendre parler de deux lieux aux noms à consonances espagnoles: La Sala Rossa et la Casa del Popolo.

Curieux de nature — il faut l’être pour apprécier les musiques nouvelles — je m’y suis pointé une fois, deux fois, trois fois… Et avec le temps, j’ai fréquenté l’endroit de plus en plus assidûment.

Oh… Ni un ni l’autre des lieux ne payait de mine. Mais on y mangeait bien et on y proposait des tas de trucs dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’alors, mais qui avaient tous comme dénominateur commun d’être quelque chose qui se faisait ici, maintenant, au présent. Et qu’on nous conviait sans cesse à la découverte.

La Sala, la Société des arts libres et actuels, débarquait en ville et remuait dans tous les sens la scène des musiques nouvelles en y ajoutant sa couleur très «underground».

Au fil des ans, d’innombrables artistes d’ici et d’ailleurs, d’allégeance esthétique plus que plurielles, s’y sont produits et ont apporté une bouffée d’air frais dans le paysage pourtant déjà fort diversifié des musiques nouvelles. Y ont été présenté, pêle-mêle, des musiques nouvelles en tout genre, du free-jazz, de l’électro en direct, de l’art sonore et mille choses encore telles «du bon vieux rock ’n’ roll, du reggae, des dj’s, du folk, de l’indie-rock, des projections de films (… ) des nuits de poésie ou un homme assis dans une tente se faufilant à travers votre esprit».

Ça avait, comme qui dirait, donné un grand coup dans ce paysage des musiques nouvelles que je croyais pourtant bien connaître. Et, bien sûr, ça a amené tout le monde ailleurs, encore une fois. Car la musique nouvelle, ce n’est pas tant un genre en soi qu’une attitude: celle d’être disponible, à l’écoute.

Dix ans après, on pourrait croire que tout ça s’est calmé, est devenu routinier, banal, normal, quoi.

Pas du tout. La Sala présente toujours des choses aussi… surprenantes, dirais-je.

Ils sont toujours une référence pour quiconque veut prendre le pouls d’une scène dont on ne voit qu’assez rarement le bout du nez, sauf évidemment si on traîne ses savates jusqu’à La Casa ou qu’on monte — à pied — les trois étages qui mènent à La Sala Rossa sans s’échouer pour écoutez The Sinking of the Titanic.

Pourquoi aller au concert de… Productions Totem contemporain

Mario Gauthier
Dimanche 20 mai 2012

Canette sifflante, tu-yo, bol, orgue de sirènes sont quelques-uns des instruments d’un des créateurs actuels les plus ingénieux et ce qui ne gâche rien, talentueux: Jean-François Laporte.

… Instruments inventés, évidemment. Et ce, dans la grande lignée des Luigi Russolo, Harry Partch, Trimpin, etc. (Pour en connaître davantage sur ce sujet en général, voir: Gravikord, Whirlie & Pyrophones, Ellipsis Arts 1996, New York)

Ces instruments sont littéralement fascinants à la fois par la simplicité d’approche qui les caractérise et «inouïs» (le mot n’est pas trop fort) par les sonorités envoûtantes, voire hypnotiques, qu’ils émettent. La Flying Can, par exemple, est une simple canette de métal découpée que Jean-François fait tourner en cercle au-dessus de lui à l’aide d’une corde, ce qui produit un sifflement lancinant, doux et riche en harmoniques. Bref, à partir d’objets usuels, Jean-François Laporte réussit à construire des univers sonores surprenants.

Très actif dans le domaine de l’invention d’instruments nouveaux autant que dans celui de la création d’œuvres dans lesquelles il reconsidère la façon de jouer des instruments traditionnels, il allait donc de soi qu’un de ces jours, il en arrive à se demander ce que ça ferait «si» on ajoutait à ses instruments des traitements électroniques en temps réel, ou qu’on s’en serve comme source de sons que l’on transformeraient par la suite, etc.

Le concert Totems électriques #4 (une référence au nom de l’ensemble Totem contemporain qu’il a fondé pour mettre en valeur ses instruments et son travail. Il en est le grand manitou, donc!) proposera quatre créations conçues à partir de ces instruments inhabituels. Et si «banaux», en un sens, qu’on se demande parfois comment se fait-il qu’avant lui, personne…

J’imagine que la seule explication valable est de considérer, comme Cézanne, que «Tout se résume en ceci: avoir des sensations et lire la Nature». (Émile Bernard: «Paul Cézanne», L’Occident, no 32, juillet 1904, Rouart et Watelin, Paris)

Concert à ne pas manquer donc, ne serait-ce que pour entendre comment un artiste peut, par cette sensibilité dont parle Cézanne, donner à entendre ces sons qui se cachent dans les choses les plus simples.

Pourquoi aller au concert du… Quatuor Molinari

Mario Gauthier
Samedi 12 mai 2012

Vous connaissez le théâtre musical? Non? C’est normal, d’abord parce que c’est une bestiole bizarre en musique nouvelle («Bizarre, bizarre… Moi, j’ai dit bizarre, bizarre? Comme c’est étrange! Pourquoi aurais-je dit bizarre, bizarre?»Marcel Carné: Drôle de Drame 1937). Et aussi, parce que, blague à part, il est né dans les années 1960, alors, du coup…

En gros, histoire de vous en situer quelques enjeux, je vous dirais que, comme les termes le laissent sous-entendre, on y combine théâtre et musique sans toutefois tomber dans l’opéra et ses conventions.

Il est donc très peu codifié et laisse une très grande liberté d’action à ses concepteurs et interprètes. Très souvent, on y métisse des choses différentes: action théâtrale, musique, danse, parole, chant, etc., mais le tout en prenant constamment appui sur la musique. Bref, comme il est dit avec justesse sur le site Portail de la musique contemporaine MC 20-21 (www.musiquecontemporaine.fr) «le musical organise et justifie le théâtral (…). [C’est] une autre conception du spectacle où voix, instruments, gestes, mise en scène, décor, lumières, costumes, sans perdre leur autonomie de langage, sont étroitement imbriqués au cours d’une élaboration conjointe.»

Singulière chose, n’est-il pas?

C’est ce que proposera le Quatuor Molinari, un des quatuors de haut calibre au Québec (on les a comparé aux quatuors Arditti et Kronos) dans ce concert dont le titre est: Jeux de cordes.

Ce mot, «jeux», en sera d’ailleurs la clef. On y donnera à entendre l’œuvre du même titre, une pièce de 1993, de Denis Gougeon, un de nos compositeurs-vétérans les plus prolifiques, ainsi qu’une nouvelle œuvre: un théâtre musical dont on ignore encore le titre pour l’instant (tous les mêmes, ces compositeurs, on ne sait jamais d’avance avec eux;-)).

Dans cette nouvelle œuvre, Denis «jouera» littéralement avec la voix en la considérant comme étant un «cinquième instrument». Il s’en servira pour créer des jeux de sons et de sens, explorera le rythme des mots, leur musicalité, leur sonorité, etc. À ça s’ajouteront quelques outils qui étendront ces possibilités: sonorisation, usage d’enregistrements préalables, mise en scène…

La comédienne avec qui Denis Gougeon travaille en étroite collaboration (il en va toujours ainsi dans ce genre): Danièle Panneton.

Vous voulez combiner expérience théâtrale et musique ou encore, êtes fatigués de Molière, Tchekhov, Shakespeare, Tremblay et tous ces autres dont les mots ne cessent de résonner dans les théâtres traditionnels, année après année?

Ce concert est pour vous. Qualité et intérêt garantis.

Toc toc toc toc toc toc toc. Toc… toc… toc!

Pourquoi aller au concert de… Chants Libres

Mario Gauthier
Samedi 31 mars 2012

  1. Parce que je hais l’opéra traditionnel.
  2. Parce que j’aime l’opéra à en mourir.
  3. Parce que je ne sais pas ce qu’est l’opéra (de kessé?).
  4. Toutes ces réponses!

Réponse: A! Et aussi — surtout — parce que Chants Libres travaille avec acharnement à démontrer — et ils sont les seuls à le faire au pays — que l’opéra, ce n’est pas que Bizet, Massenet, Puccini, Verdi, Wagner et tous ces autres compositeurs qu’on aime bien, mais qui, vraiment, engorgent les coulisses de la musique depuis longtemps.

Oh! Je ne veux pas dire ici que les classiques (en fait, tous les opéras composés avant le 20e siècle), n’ont pas leur place! Mais leur omniprésence sur toutes les scènes du monde occulte une réalité bien contemporaine, à savoir que non seulement, l’on n’a pas arrêté de composer des opéras en 1900 et des poussières, mais qu’on en compose encore aujourd’hui. Et qu’ils sont intéressants et proches de nous, par les thèmes et par l’esprit.

Extrait de la description du livret de l’opéra de chambre de Zack Settel que Chants Libres créera cette année, Alexandra:

«Ayant vécu plus de cent ans (1868-1969), Alexandra David-Néel, fut tour à tour, cantatrice, journaliste, féministe, bouddhiste, écrivain, exploratrice, philosophe. Elle osa partir à l’autre bout du monde à une époque où les femmes se sentaient peu douées pour l’exploit. Elle (… ) [voulut] aller au bout de sa vérité, toujours plus loin, se dépassant sans cesse elle-même…» (extrait des notes fournis par Chants Libres au Vivier)

On peut dire, à quelques détails près quand même, la même chose de Pauline Vaillancourt, directrice artistique de Chants Libres, qui, avec une persévérance hors du commun, propose, depuis plus de 20 ans maintenant, un nouvel opéra par année qu’elle met en scène avec une finesse d’esprit, un entendement et une hardiesse qui vont au-delà de toutes les normes.

Dites, avez-vous déjà vu et entendu un opéra écrit ici, maintenant, récemment?

Non? Jamais? Voilà l’occasion rêvée, voire privilégiée, de le faire, il me semble.