Nouvelle

Portrait: Quatuor Bozzini

Vendredi 1 mars 2013

«Chercher une tradition, découvrir une tradition, créer une tradition, c’est fantastique!»Isabelle Bozzini

Faire le portrait de la direction artistique du Quatuor Bozzini (Clemens Merkel, Mira Benjamin, Stéphanie Bozzini, Isabelle Bozzini), c’est s’aventurer sur des chemins de traverse. Disons qu’il n’opère pas selon le modèle traditionnellement hiérarchisé des grandes institutions culturelles. «C’est un ensemble hautement démocratique», lance le sourire aux lèvres Isabelle Bozzini. Mais normalement, les démocraties élisent un chef. Vrai, mais le modèle ici est plutôt celui de la cellule familiale. Surtout qu’en cette époque du consensus galvaudé, la démocratie directe, la vraie, est assez rare.

Et le Quatuor Bozzini, c’est vraiment une histoire de famille?

«Ceux qui ne sont pas Bozzini le deviennent!» répondent en riant les deux sœurs, Stéphanie et Isabelle. L’une est altiste, l’autre violoncelliste et elles se partagent cet espace restreint qu’est le quatuor à cordes depuis maintenant près de 15 ans. Après toutes ces années, la fébrilité que stimulent la nouveauté, la recherche et la création est toujours très vivante au sein du groupe. Il faut dire que durant cette période le quatuor a commandé près de 130 œuvres et en a créé autour de 200. La moyenne au bâton est assez élevée!

«Ce que j’aime de mon travail, c’est le défi continuel. Il y a toujours quelque chose qui peut nous surprendre, et ça, c’est fantastique parce qu’il n’y a rien de pire comme musicien que d’arriver puis se dire: ah non, pas encore ça!» — Isabelle Bozzini. L’identité de l’ensemble est particulièrement bien illustrée par l’événement Composer’s Kitchen. Bien plus qu’un traditionnel concours de composition, c’est un formidable laboratoire de création qui permet un travail rare et précieux entre compositeurs et interprètes. Une semaine où le quatuor et deux compositeurs chevronnés se penchent sur l’œuvre de quatre jeunes compositeurs et compositrices de la génération montante. Peut importe si les œuvres sont inachevées, les compositeurs auront bien le temps de les retravailler par la suite. Ils pourront alors s’inspirer des heures de travail commun avec des artistes, des interprètes, des humains plutôt qu’un logiciel d’édition. Il n’est pas question d’échanges structurés selon un horaire précis, le temps de leur passage, les compositeurs font partie de la famille.

Cette ouverture et cette accessibilité sont des denrées très riches pour le milieu de la création. L’humilité que démontre le travail artistique des Bozzini est inversement proportionnelle au rayonnement de l’ensemble. Elle ne leur fera jamais crier sur les toits que trois de leur concerts captés au festival d’Huddersfield ont été diffusés sur les ondes de la radio publique anglaise (BBC) cette année, qu’ils sont finalistes au Grand Prix du Conseil des arts de Montréal (CAM) pour l’audace de leurs choix artistiques, que le Composer’s Kitchen développe un volet international, qu’ils endisquent régulièrement en plus de multiplier les tournées internationales…

Souhaitons que la famille continue de grandir et de nous faire découvrir de nouvelles voix.