Nouvelle

Pourquoi aller au concert de… Productions Totem contemporain

Mario Gauthier
Dimanche 20 mai 2012

Canette sifflante, tu-yo, bol, orgue de sirènes sont quelques-uns des instruments d’un des créateurs actuels les plus ingénieux et ce qui ne gâche rien, talentueux: Jean-François Laporte.

… Instruments inventés, évidemment. Et ce, dans la grande lignée des Luigi Russolo, Harry Partch, Trimpin, etc. (Pour en connaître davantage sur ce sujet en général, voir: Gravikord, Whirlie & Pyrophones, Ellipsis Arts 1996, New York)

Ces instruments sont littéralement fascinants à la fois par la simplicité d’approche qui les caractérise et «inouïs» (le mot n’est pas trop fort) par les sonorités envoûtantes, voire hypnotiques, qu’ils émettent. La Flying Can, par exemple, est une simple canette de métal découpée que Jean-François fait tourner en cercle au-dessus de lui à l’aide d’une corde, ce qui produit un sifflement lancinant, doux et riche en harmoniques. Bref, à partir d’objets usuels, Jean-François Laporte réussit à construire des univers sonores surprenants.

Très actif dans le domaine de l’invention d’instruments nouveaux autant que dans celui de la création d’œuvres dans lesquelles il reconsidère la façon de jouer des instruments traditionnels, il allait donc de soi qu’un de ces jours, il en arrive à se demander ce que ça ferait «si» on ajoutait à ses instruments des traitements électroniques en temps réel, ou qu’on s’en serve comme source de sons que l’on transformeraient par la suite, etc.

Le concert Totems électriques #4 (une référence au nom de l’ensemble Totem contemporain qu’il a fondé pour mettre en valeur ses instruments et son travail. Il en est le grand manitou, donc!) proposera quatre créations conçues à partir de ces instruments inhabituels. Et si «banaux», en un sens, qu’on se demande parfois comment se fait-il qu’avant lui, personne…

J’imagine que la seule explication valable est de considérer, comme Cézanne, que «Tout se résume en ceci: avoir des sensations et lire la Nature». (Émile Bernard: «Paul Cézanne», L’Occident, no 32, juillet 1904, Rouart et Watelin, Paris)

Concert à ne pas manquer donc, ne serait-ce que pour entendre comment un artiste peut, par cette sensibilité dont parle Cézanne, donner à entendre ces sons qui se cachent dans les choses les plus simples.