Nouvelle

Pourquoi aller au concert de l’… Ensemble contemporain de Montréal (ECM+)

Mario Gauthier
Jeudi 26 janvier 2012

Je dirais d’abord et avant tout qu’il faut aller à ce concert pour découvrir l’extraordinaire dynamisme, la musicalité et la forte personnalité de Véronique Lacroix, fondatrice et directrice de cet ensemble qui, depuis presque 25 ans maintenant, soutient les compositeurs en émergence, en plus de proposer des concerts qui dépassent largement les cadres de ce que l’on entend habituellement par le terme «contemporain».

L’ECM+ propose, comme la particule + l’indique, toujours plus que des concerts et le métissage de différentes formes d’arts y est très souvent célébré avec audace et originalité. Et puis aussi, parce que dans ce cas bien précis, ce qui est proposé est très singulier.

D’une part, l’ECM+ rend hommage à un très grand artiste de notre temps: Iannis Xenakis (1922-2001), compositeur d’origine grecque passé maître dans l’art de s’inspirer de différentes formes d’arts pour composer sa musique. Mathématiques, architecture, dessin, littératures modernes et anciennes, etc. furent autant de pratiques dont il s’inspira pour composer ses œuvres.

Et de l’autre, il y aura une exploration bien particulière, toujours très présente dans les concerts de l’ECM+. Parmi les œuvres de Xenakis qui seront interprétées ou diffusées, — quatre en tout, presque toutes pour percussions sauf Myceanae Alpha pour bande (présenté avec projection de dessins de Xenakis: une rareté!) — il y aura également Kassandra «un très étrange et théâtral duo baryton-percussions» selon les termes du communiqué fourni par l’ECM+ au Vivier. Ce qui est intéressant, c’est aussi que cette œuvre sera, à son tour, un point de départ pour une nouvelle œuvre d’un jeune compositeur: Gabriel Dufour-Laperrière, Peindre le cri, qu’on donnera en première, et qui, toujours selon ce communiqué, s’est inspiré de Kassandra «pour aborder différentes alternatives scéniques du son. En effet, aux deux interprètes, il ajoutera un dispositif électronique ayant un rôle à la fois sonore et théâtral puisqu’il s’animera comme un chœur grec. En sus, l’écriture très caractéristique et originale des percussions du maître grec sera également mise à profit par l’utilisation d’une même instrumentation et par le travail très poussé d’Olivier Maranda [le percussionniste NDA] concernant de nouvelles techniques d’interprétation des œuvres Rebonds et Psappha .»

Pour ceux qui ne connaissent pas la musique de Xenakis ou n’ont jamais ressenti la ἐνέργεια, c’est-à-dire la «force en action», l’intensité de sa musique, celle-ci dirigée par une femme qui en possède tout autant; c’est à ne pas manquer.