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8 compositeurs pour le 150e

Réjean Beaucage
Tuesday, November 28, 2017

Le quatuor de saxophones Quasar explore un vaste territoire dans son plus récent projet et ce territoire, c’est le Canada! En effet, huit compositeurs ont été choisis parmi une centaine, dans le cadre du programme «Nouveau chapitre» du Conseil des arts du Canada, afin de composer de nouvelles œuvres pour le quatuor. Nous sommes invités à assister au processus de création en participant à l’atelier final de la portion québécoise de cette aventure (un autre volet s’est déroulé à Western Front, à Vancouver, en octobre dernier).

À la suite de l’atelier, Réjean Beaucage animera une table ronde avec la compositrice Ana Dall’Ara-Majek et les compositeurs Jim O’Leary, Ofer Pelz et Hiroki Tsurumoto sur le thème «Composer aujourd’hui au Canada: Quoi? Pourquoi? Et pour qui?».

C’est le temps de fêter

Réjean Beaucage
Tuesday, November 28, 2017

La fin de l’année, c’est le temps de fêter, et le comité de coordination artistique du Vivier compte bien vous en donner l’occasion avec le programme du VivierMix festif, qui vous en fera voir (et entendre!) de toutes les couleurs.

D’abord, la compagnie de production Bradyworks présentera le quatuor de guitares Instuments of Happiness, qui interprétera deux des œuvres qui étaient au programme durant sa tournée canadienne du début de l’année (et que l’on retrouvera sur le disque du quatuor dont la sortie est prévue en mars prochain). On pourra donc entendre Reflets de Francesca Woodman (2016), de Maxime McKinley, et Equal But Opposite Reactions (2016), de Tim Brady, qui sera également parmi les guitaristes.

Les Productions Fiolûtröniq nous offriront ensuite un mélange d’improvisation et de musique mixte avec le duo Beta Lyræ. Cléo Palacio-Quintin (flûtes traversières et électroniques) et Terri Hron (flûtes à bec) interpréteront La nébuleuse de la Lyre (2014) de Palacio-Quintin. L’œuvre, que l’on peut entendre sur l’album Nébuleuses, qu’a publié le duo en 2015 chez Ambiances Magnétiques (Prix Opus du «Disque de l’année — musique actuelle, 2015-16), se construit autour d’une interaction entre les improvisatrices et une interface informatique d’échantillonnage aléatoire.

La société Codes d’accès présentera le quartet électroacoustique QUADr, qui revisitera sa performance néo-dada Cycle (2016), interprétée sur des instruments qu’aurait bien pu inventer Marcel Duchamp! Cette version plus «festive» de l’œuvre, adaptée spécialement pour ce programme, mettra davantage l’accent sur l’interaction entre les musiciens ainsi que sur le rythme. Ça va chauffer!

Enfin, Innovations en concert présentera l’ensemble Novarumori et ses 10 violoncellistes! Sous la direction d’Isak Goldschneider, l’ensemble interprétera The Holy Presence of Joan d’Arc (1981) du compositeur new-yorkais Julius Eastman (1940-90) qui fut un précurseur du post-minimalisme. La partition originale de l’œuvre ayant été perdue, c’est une transcription réalisée en 2016 par Clarice Jensen, directrice artistique du American Contemporary Music Ensemble (ACME) que jouera l’ensemble (ils en ont d’ailleurs donné la première québécoise durant le dernier festival Suoni per il popolo, en juin 2017).

Rencontre pré-concert: En prélude à ce programme où les guitares, les flûtes, les violoncelles et… les roues de bicyclette feront la fête, on discutera de la place de l’accordéon dans les musiques d’aujourd’hui avec le compositeur Denis Gougeon, dont le Nouvel Ensemble Moderne a enregistré la pièce En accordéon (2004) avec le soliste Joseph Petric (ATMA Classique, 2012). De plus, la compositrice serbo-allemande Snežana Nešić, qui est aussi directrice artistique et chef de l’ensemble allemand Incontri, interprétera l’une de ses œuvres à l’accordéon. Madame Nešić est à Montréal jusqu’au 15 décembre grâce à un partenariat du Goethe Institut, du CALQ, du Groupe Le Vivier et du centre Hellerau.

Un orchestre de saxophones

Réjean Beaucage
Thursday, October 26, 2017

Après Claude Vivier, Gilles Tremblay, Ana Sokolović, Denis Gougeon et John Rea, c’est au tour de José Evangelista d’être le compositeur à qui la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) dédie sa Série Hommage, qui s’étend sur toute la saison et propose une pléiade de concerts. Ce sera l’occasion de faire le tour du riche catalogue de ce compositeur originaire de Valence (Espagne), dont l’œuvre est fortement marquée par la tradition des gamelans indonésiens. Le quatuor de saxophones Quasar s’inscrit dans la programmation de la Série Hommage avec une soirée présentant des œuvres pour grands ensembles de saxophones (jusqu’à 12, du sopranino au basse).

Pour réaliser ce concert, la directrice artistique du quatuor, Marie-Chantal Leclair, a dû faire appel à 12 collègues saxophonistes et deux chefs. De José Evangelista, on entendra la mélodie démultipliée de Saxoctet (1985); pour le même nombre d’instrumentistes, on entendra également À huit (2001) d’André Hamel. L’œuvre explore les sons multiphoniques (ou sons multiples) que peut produire le saxophone, et le compositeur (qui est aussi membre du collectif Espace Sonore Illimité, connu pour son travail sur la spatialisation du son) l’a composée à la manière d’une réalisation acousmatique (ce qui laisse soupçonner que l’on risque de trouver des saxophonistes dans tous les coins de la salle de concert).

On pourra également entendre deux œuvres pour 12 instruments, qui ont toutes deux été créées par l’Ensemble international de saxophones sous la direction du saxophoniste français Jean-Marie Londeix, la première en 1988 et la seconde en 2000: Rhea de Francisco Guerrero Marin, et Strophes, séquences, mouvements, de François Morel. On se réjouit d’avance d’entendre la musique de Morel, qui, malgré un catalogue fort bien garni, ne trouve pas assez souvent sa place dans les programmes qui nous sont offerts.

Enfin, le quatuor Quasar (Marie-Chantal Leclair, soprano; Mathieu Leclair, alto; André Leroux, ténor; Jean-Marc Bouchard, baryton) se produira également en solo pour la première montréalaise du Saxophonquartett (2014) de Georg Friedrich Haas. Un programme idéal pour faire le tour de toute la famille des sax et découvrir l’étonnante diversité de sons qui peuvent sortir de ces engins-là!

Toutes les couleurs de l’électro

Réjean Beaucage
Sunday, October 8, 2017

Présenté dans le cadre de la 14e édition du festival international des musiques immersives Akousma (20 au 28 octobre, à Montréal), le programme du 24 octobre explore d’autres facettes de l’électroacoustique que celle du «cinéma sonore» bien connu. Tout au contraire du concert acousmatique, où la salle est plongée dans le noir tandis que le compositeur spatialise sa musique en direct depuis la console, cette fois les compositeurs seront sur scène et leur musique ne sera pas préalablement fixée sur bande (ou sur ordinateur), mais jouée et créée en direct.

Du circuit bending de Gmackrr (Émilie Mouchous) à l’Organelle d’YlangYlang (Catherine Debard), en passant par l’improvisation à trois de Karl Fousel, Davon Hansen et Roger Tellier-Craig et par la musique mixte de Jane/Kin (Ida Toninato au sax et Ana Dall’Ara-Majek aux manipulations électroniques), la musique sera construite dans l’instant par ces artistes qui participent à donner un nouveau souffle aux musiques électroniques.

Elle a déjà un arbre généalogique bien fourni celle-là, aussi l’entretien présenté avant le concert permettra-t-il de faire le tour des différentes lignées de la grande famille électroacoustique, depuis les ancêtres, comme les ondes Martenot, jusqu’au retour en force des instruments analogiques.

Chants sans voix et musique sans musique?

Réjean Beaucage
Thursday, October 5, 2017

Nouvelle incarnation des Chants et danses du monde inanimé du clarinettiste Robert Marcel Lepage et du multi-instrumentiste René Lussier, l’édition 2017 n’ajoute rien de moins qu’un quatuor à cordes à un duo qui peut déjà déplacer pas mal d’air. Au début, le duo improvisait en collaboration avec le cinéaste Pierre Hébert, qui improvisait lui aussi en dessinant directement sur une pellicule qui était projetée simultanément. Le court métrage Le métro (1985) rend compte de cette collaboration (voir extrait 1).

Cette nouvelle mouture, qui «remplace» le cinéaste par un quatuor à cordes, produit une musique qui est certes plus dense que celle produite par le seul duo, et qui fait fonctionner l’imaginaire de l’auditeur à plein régime! Pour l’entretien précédant le concert, on posera peut-être quelques-unes des questions qui servent de titre aux pièces du disque de Lepage, Lussier et Bozzini, paru en début d’année chez Tour de bras (voir extrait 2): «Comment vaincre ses peurs en improvisant»?, «Comment maigrir grâce à la guitare électrique»?, ou encore «Comment garder le feu sacré sans bruler son capital»?

Également au programme, le duo Not The Music, formé du guitariste et bassiste Éric Normand et du souffleur Philippe Lauzier, qui promet d’explorer les «chants cachés des instruments»; voilà qui devrait être parfaitement dans le ton!

Ensemble, c’est tout

Réjean Beaucage
Wednesday, October 4, 2017

Va y’avoir du monde à messe! En effet, ce sont deux grands ensembles qui s’unissent pour examiner le thème de l’engagement et celui de la vulnérabilité dans le cadre du processus de création. C’est d’abord la rencontre des 16 voix de la chorale montréalaise Joker (9 femmes et 7 hommes), sous la direction de Joane Hétu, et des 13 musiciens et musiciennes du GGRIL, ou Grand groupe régional d’improvisation libérée, en provenance de Rimouski. À cet ensemble de 30 personnes se joindra aussi la vocaliste écossaise Maggie Nicols, qui est elle-même une grande improvisatrice (elle joignait le Spontaneous Music Ensemble de Londres en 1968!).

La chorale Joker est un ensemble pour le moins surprenant, formé de musiciens et musiciennes qui délaissent leurs sax, percussion ou ordinateur pour se concentrer sur l’instrument primordial: la voix. Mais on parle aussi d’improvisateurs et improvisatrices chevronné-e-s, ayant pour la plupart participé à plusieurs enregistrements que l’on trouve sous étiquette Ambiances Magnétiques, dont la maison de distribution, DAME, fut fondée par Joane Hétu. On connait la propension des actualistes à jouer «hors de la boîte», triturant leur instrument de mille façons pour en sortir des sons nouveaux, ou inattendus, et ils-elles ne font pas autre chose lorsque vient le temps d’utiliser leur voix! Sifflements, grésillements, bruits de bouche et autres sauts à la corde vocale sont au menu, avec murmures en entrée et hurlements au dessert! Si ça peut servir d’indice, la pièce présentée s’intitulera Langoureuseengagée.

L’effet est déjà saisissant lorsque la chorale Joker se produit a cappella, mais avec les amis du GGRIL, et leurs cuivres, guitares, violon, accordéon et percussion, l’espace sonore risque de prendre des couleurs jamais vues! L’ensemble est actif depuis 2007 et il a multiplié les collaborations avec de grands improvisateurs comme Jean Derome (présent dans la chorale) ou le saxophoniste anglais Evan Parker, entre autres. L’interaction entre les voix et le groupe instrumental laisse entrevoir de grandes possibilités.

Maggie Nicols se joindra à toute la bande pour poursuivre une réflexion personnelle sur l’espace entre vulnérabilité et pouvoir, un programme intéressant dans un contexte d’improvisation dirigée!