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Pour la suite du monde

Réjean Beaucage
Thursday, March 1, 2018

Si l’on peut aisément s’entendre sur l’importance de la constitution d’un répertoire de musiques nouvelles, d’un bassin d’œuvres constitué des références du genre, des pièces destinées à devenir ses «classiques», on conviendra également de la nécessité de faire entrer du sang neuf dans ce bassin, et à flot continu. Parce que, bien sûr, pour que les musiques soient «nouvelles», il faut qu’elles se renouvellent, sans cesse, et c’est pourquoi les membres du Vivier accordent une grande importance à la relève, aussi bien en interprétation qu’en composition. C’est elle la fontaine de Jouvence dans laquelle se baigne insolemment les arts vivants, et c’est sur elle que le projet du Vivier InterUniversitaire pose son regard pour une deuxième année consécutive.

Musiques instrumentale, mixte ou électroacoustique, ces programmes présentent un éventail passablement varié des approches compositionnelles privilégiées par les participants en provenance des facultés de musique de l’Université Concordia, de l’Université McGill, de l’Université de Montréal et du Conservatoire de musique de Montréal.

Cinq œuvres instrumentales sont au programme: How Fast From Flight to Tomb , pour trio à cordes, d’Henri Colombat; Et si grandir c’était prévoir sa décroissance…, pour piano, de Renaud Madore; (in) somnia , pour violoncelle, de Zhuosheng Jin; Untitled Time , pour violon, violoncelle et piano, de ZongYun We et Garmonboziac, pour la même formation, de Gavin Fraser.

Les œuvres mixtes seront celles d’Evelin Ramon ( L’Art de conjuguer , pour voix et électronique et de Jason Noble (Simple Geomoetries, pour violoncelle, harpe de verre, électronique et vidéo). Enfin, Nick Lavigne (All The Effort It Took Today) et Xavier Madore ( Les Loges de la suite ) présenteront des œuvres acousmatiques. Il est à noter que la pièce de ce dernier lui a permis de remporter le Premier prix au concours canadien de composition Jeu de temps/Times play (JTTP), organisé par la Communauté électroacoustique canadienne (CEC).

Le programme sera présenté deux fois, les 12 et 13 mars, et le concert du 12 sera précédé d’une rencontre ayant pour thème les enjeux particuliers que comporte le statut d’artiste de la relève (y a-t-il toujours de la place pour la relève dans un monde où les musiciens ne vendent plus de disques? Un monde où les médias semblent en voie de disparition? Jusqu’à quand est-on dans la relève? Etc.).

Si le répertoire des musiques nouvelles se construit en favorisant l’apport du sang neuf de la relève, c’est bien, en quelque sorte, par une forme de cannibalisme que le milieu musical se perpétue… Même si la solution est pour le moins définitive, c’est souvent pour s’approprier ses qualités, et donc les faire durer, que le cannibale consomme son prochain… Le concert présenté le 22 mars par Productions SuperMusique tourne précisément autour du thème du cannibalisme, mais vu par l’autre bout de la lorgnette, dans ce qu’il implique d’autodestruction, le cannibale étant surtout vu comme celui qui, en détruisant ses semblables, scie la branche sur laquelle il est assis. Les textes de Danielle Palardy Roger (aussi aux percussions) mis en musique par elle-même, aidée de Isaiah Ceccarelli (batterie), Michel F Côté (électroniques), André Duchesne (guitare électrique) et Alexandre St-Onge (basse, électroniques) seront chantés par l’ensemble des interprètes (incluant aussi Joane Hétu (sax alto), Élizabeth Lima (clarinette) et Ida Toninato (sax baryton). Toutes les pièces seront présentées en création, et la soirée débutera par une rencontre autour du thème des mythes en musique.

Les rencontres pré-concert des 12 et 22 mars sont à 19h, tandis que les trois concerts sont à 20h.