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Batèches: Miron en écho

Thursday, January 28, 2016

Parmi les pouvoirs de la poésie de Gaston Miron, l’un des plus remarquables me paraît être sa qualité de résonance. Sans même qu’ils soient récités ou chantés, ses poèmes résonnent, comme si le langage même le plus intérieur s’y trouvait amplifié, comme si cette «voix» que l’on accorde volontiers aux poètes avait chez lui une portée particulière qui appelle des réponses, des prolongements. Nombreux ont été les artistes, ces dernières années, à répondre à cet appel, en musique et en images, en rythmes et en voix. Patrick Burgan, compositeur français, est de ceux-là: il fait résonner Miron, il a senti que les poèmes de L’homme rapaillé portent en eux et réclament, pour ainsi dire, un battement, une scansion, une vibration: xylophones et tambours, claviers et percussions ouvrent un espace d’échos et de résonances. Grâce à une mise en scène qui projette les mots et les vers sur écran, Batèches est une synthèse unique de la lecture et de l’écoute. J’y éprouve l’expérience en temps réel d’une transmutation de l’écriture en musique, du texte poétique en aventure rythmique. Cela remonte dans l’archaïque pour se projeter dans le contemporain, cela puise dans l’intime pour déborder dans l’espace. Je suis sûr que Miron aurait aimé cette interprétation en musique, lui qui avait l’oreille juste et le pas dansant, lui qu’habitaient tous les rythmes de la parole québécoise comme de la plus haute tradition poétique française. Batèches me convie à ce carrefour et j’y entends, multiplié, tout l’avenir que clame encore Miron.

Pierre Nepveu, Montréal, janvier 2016

Batèches

  • Textes: Gaston Miron
  • Composition: Patrick Burgan
  • Mise en scène de Michel G Barrette
  • Interprétation: Sixtrum et Percussions Claviers de Lyon
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