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Pourquoi aller au concert d’… In Extensio

Mario Gauthier
Tuesday, November 29, 2011

Écrire ou dire n’est pas donné à tous. Mais parfois, il arrive qu’en peu de mots, on trouve la phrase juste, le bon ton, l’idée exacte. C’est comme quand Rilke, le poète, écrit «Écoute, je lève la main, et c’est un bruit qui va vers toi» (Je paraphrase ici. Le texte exact de Rilke est «Écoute, bien aimée: je lève la main — écoute ce bruit… (…) Écoute, bien aimée:, je ferme les paupières, et c’est aussi un bruit qui va vers toi.» Ces phrases proviennent de Le silence in — Rainer Maria Rilke: Poésies, Éditions du Seuil, p. 136, 1972, Paris), il traduit l’intransmissible en même temps que l’inouï.

In Extensio — que je ne connais encore que de nom, l’ensemble est tout jeune — me semble y être parvenu en écrivant, à propos de son concert Morphose:

«Tout se forme, se déforme, se transforme, mute, transmute et se transfigure. Le compositeur manipule l’intangible; l’interprète rend visible l’invisible. Le concert Morphose propose la chimie entre sons acoustiques et sons de synthèse (…), la transmutation des gestes en sons (…), [l’exploration de] la capacité transformationnelle de l’improvisation (…), la fusion, la géométrie pour explorer les transformations et permutations du triangle à travers le noyau instrumental de l’ensemble In Extensio». (Extrait des notes de programmes fournies par Le Vivier)

… Ça me semble évident que c’est l’expérience d’écoute proposée.

Paresse de ma part, penserez-vous? Au contraire. Je trouve que dans ce peu de mots, il y a presque tout de ce qu’est la nouvelle musique: jeu entre vrai et vraisemblable, exploration de l’espace et des sons, investissement de l’interprète dans sa création, constructions de dédales dans lesquels on s’enchevêtre avant que de se déprendre (car on ne comprend une œuvre qu’après la dernière note), etc. Bref, tout est déjà là, donné à entrevoir, évoqué sans être pourtant nommé à proprement parler. C’est comme Jean Tardieu qui disait, à propos de ses outils, le nom, le verbe, le participe, les pronoms substantifs, les adjectifs «Je les pose sur la table. Ils parlent tout seuls, je m’en vais» [Jean Tardieu: Outils posés sur une table, L’accent grave et l’accent aigu, NRF poésie/Gallimard, P. 19, 1976, Paris]

Ne serait-ce que par cette habileté à traduire en mots ce dont il sera question dans les pièces de Kyong Mee Choi, Michel Frigon, Jean-Claude Risset et Yiorgos Vassilandonakis, dont In Extensio interprétera les œuvres c’est-à-dire d’avoir su trouver les termes justes pour décrire ce qui caractérise le travail de chacun d’eux, je risque fort d’être des vôtres ce soir-là.

Car, quand des artistes réussissent à faire entendre du sonore avant qu’aucun son ne soit émis, on est en droit de s’attendre de leur part à quelque chose de…

Comment dire… Sinon «sensible»: réussi?