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Pourquoi aller au concert de la… Société de musique contemporaine du Québec

Mario Gauthier
Thursday, November 3, 2011

«Il faut qu’un jour un organisme comme la SMCQ devienne inutile. Parce que les compositeurs auront enfin obtenu droit de cité. Cela, je le crains, prendra du temps. (…) Aussi, serons-nous encore patients». — Marie-Thérèse Lefebvre, Serge Garant et la révolution musicale au Québec, Louise Courteau Éditrice, Montréal 1986, p 91.

Souhait pour le moins singulier, n’est-ce pas? Surtout quand on sait qu’il fut émis par celui qui fut son premier directeur artistique, Serge Garant (de 1966 à 1986).

Oh! Bien sûr, on peut dire de ce vœu qu’il demeure bien pieux, voire utopique, car il y a encore tellement loin de la coupe aux lèvres. Mais quand même, quelque chose change lentement, culturellement parlant. Au silence de plus en plus accablant et concerté des médias se substitue une communauté de plus en plus forte dont Le Vivier est en train de devenir le port d’attache. Et la SMCQ, qui en est membre, grandit année après année, devient de plus en plus importante, et porteuse aussi.

Certes, une société aussi ancienne — elle entame sa 46e année (ce qui fait d’elle, à ma connaissance, la plus ancienne société de concert de musique contemporaine encore en activité dans le monde entier) — a des «concerts classiques», c’est-à-dire une série régulière, dans laquelle on alterne, avec habileté et finesse, répertoire et création, mais elle a aussi su s’adapter, suivre son temps, innover, amener une autre eau au moulin.

Une de ces innovations me semble proposer LA voie à suivre pour donner à la musique nouvelle ce droit de cité que Serge Garant appelait tant de ses vœux: la Série Hommage, mise sur pied il y a six ans. Axant «le répertoire d’une saison entière autour d’un seul compositeur de façon à lui offrir une reconnaissance exceptionnelle», Walter Boudreau, directeur de la SMCQ depuis 1988, espère qu’elle créera «une véritable convergence artistique autour d’un compositeur afin de lui décerner un statut de trésor national».

Une bien belle idée. Et qui fonctionne merveilleusement bien. Furent célébrés jusqu’ici Claude Vivier et Gilles Tremblay. Cette année, c’est au tour d’Ana Sokolović dont l’œuvre est à la fois attachante et inspirée.

Cette série, ajoutée à tout ce que Walter Boudreau et le comité artistique de la SMCQ réalisent depuis quelques années c’est-à-dire sa Série montréalaise, son festival Montréal Nouvelle Musique (MNM), son volet SMCQ jeunesse rendra-t-elle, à court ou à long terme, la SMCQ inutile?

J’en doute fort. Plus indispensable que jamais plutôt. Car il reste tant de musiques inouïes à découvrir, à faire résonner et à faire connaître. C’est comme le jeu entre l’ombre et la lumière: l’une permet à l’autre d’être mise en relief.