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Pourquoi aller au concert de… Andrea Young / Innovations en concert

Mario Gauthier
Thursday, September 22, 2011

Je suis certain que, si vous êtes un fan de la chanson française des années 50-60, je vous écris Les feuilles mortes et, immédiatement, un fredon vous vient à l’esprit: «Oh je voudrais tant que tu te souviennes, de tous ces jours où nous étions amis…»!

Et vous aurez bien raison. Les feuilles mortes, musique de Kosma, paroles de Prévert, est une de ces «chansons qui nous ressemblent», dans laquelle on parle de feuilles mortes qui se ramassent à la pelle comme «les souvenirs et les regrets aussi». Et qui est indémodable parce qu’au fond, il y est question de nous-mêmes, c’est-à-dire du temps qui passe, de l’amour, de la mémoire et de l’oubli.

Vous devez vous dire: «De quoi, il cause, là? Les feuilles mortes? Quel rapport avec Innovation en concert?» Bien, c’est tout simple: Le concert proposé par cet organisme, dont le nom reflète bien sa mission («[offrir] aux musiciens l’occasion de créer de la musique faisant appel à des instrumentations et des contextes inhabituels, ainsi qu’en stimulant la composition de nouvelles œuvres») proposera VOICE/wire 01 pour voix, piano, et ordinateur de Andrea Young, un cycle de pièces qui explore le potentiel sonore de Les feuilles mortes à l’aide de processus informatiques aléatoires pour créer «un monde fragile de sons [évoluant] entre grâce et maladresse, la résonnance et le bruit». Et que sans doute, mais je spécule ici, ne serait-ce qu’à cause du propos de la chanson, on y entendra aussi un peu le bruit que fait la pensée qui part, qui s’enfuit. Vous savez, quand avec les années passant, il ne demeure en nous d’un souvenir qu’un relent furtif, un écho un peu indéfini. C’est ça le lien, je crois, le point de départ de ce concert, l’érosion qu’engendre le temps qui passe.

Expanding Hobo Cult Band, un groupe à géométrie variable qui se veut «psychoactif de synthèse modulaire fondante et de paysages électroniques» explorera lui aussi «ces territoires qu’on visite uniquement en rêve» et Hans-Joachim Roedelius qui se décrit comme «un infirmier, un physiothérapeute, un masseur, une escorte des mourants, un compositeur, un auteur, un poète, un photocollagiste et un réalisateur» et qui est «un des musiciens clé des musiques expérimentales, électroniques et ambiantes» participeront aussi à ce concert où les sons… comment dire?… ne sont jamais tout à fait ce qu’ils semblent vouloir être?