Nouvelle

Portrait: Simon Martin

Mercredi 27 mai 2015

«La musique est la négation du son au profit de son organisation»

La nature est toujours présente dans l’esprit de Simon Martin. Il y voit quelque chose de contemplatif. Elle nous force à nous arrêter. Son indifférence envers l’Homme, sa force, nous confronte à quelque chose qui n’est pas conçu à notre image.

Cette attitude réceptive se retrouve dans sa relation avec le son. Le compositeur écoute ce que la matière sonore essaye de dire par elle-même. Dès le départ, Simon s’intéresse au timbre plutôt qu’aux éléments discursifs de la musique. Au fil de sa carrière, la démarche se précise. La dialectique entre le son et la musique s’affine et donne naissance à des compositions dont la structure et l’organisation sont le plus transparentes possible. L’auditeur est confronté à un son à peine maîtrisé. Il n’a pas le choix de s’arrêter et de contempler. Simon dit avoir du mal à interrompre un son, «il y a quelque chose de parfait dans la simplicité». Ne pas interrompre, c’est contempler. Contempler c’est s’arrêter, se recentrer et prendre racine dans ce qui est essentiel. Oublier le superficiel. Les pièces du compositeur sont douces, discrètes, pour lui, ça pousse les auditeurs à tendre l’oreille. Il utilise la musique pour créer des opportunités, il y a quelque chose de particulier dans l’observation d’une œuvre d’art. Une bulle se forme entre l’observateur et le monde, le temps s’arrête. Le spectateur s’écarte du brouhaha de l’actualité.

Projections libérantes, dont Simon Martin est le directeur fondateur, s’inspire des cycles de production des compagnies de théâtre et de la danse, ces arts de la scène, parents de la musique. Son objectif est de positionner le projet de création comme point de départ. Il a l’idée que chaque production est un produit vraiment achevé, destiné à la tournée, une vision à l’opposé du laboratoire d’expérimentation, par essence éphémère. Il propose des œuvres, qui, méritent de faire partie du patrimoine de demain et souhaite offrir, ne serait-ce que le temps d’une œuvre, une alternative à la cadence de la société de consommation où tout se précipite. Il veut fixer, inciter à aller plus en profondeur. Le compositeur veut donner la chance aux artistes de partir d’une page blanche, la création est ainsi la priorité.

Le rêve de Simon est d’élever la musique contemporaine à la même reconnaissance que les autres disciplines artistiques. Il veut insister sur la musique de concert, il veut s’assurer qu’elle continue d’exister avec un impact fort. Il aimerait que les artistes des autres disciplines viennent chercher l’inspiration dans la façon dont les compositeurs développent leurs matériaux, dans leur manière de procéder. Tout comme lui s’est inspiré de Borduas, Leduc et Riopelle pour composer une œuvre pour chacun des trois peintres. Il croit que le public peut être encore réceptif à ça, si les propositions sont assez fortes. Projections libérantes n’aura jamais d’ensembles, de musiciens permanents. Simon veut faire les choses dans le bon ordre: commencer par l’idée.