Nouvelle

Portrait: Marie-Annick Béliveau

Mardi 3 mars 2015

«Je suis profondément touchée lors de chaque représentation, même si j’ai chanté une pièce des centaines de fois, je suis totalement prise par l’émotion. Me vient en tête, l’idée que je partage ce moment avec les spectateurs, l’idée que le compositeur a un jour composé cette pièce chez lui. Je suis totalement et quotidiennement bouleversée par la force de l’interprétation de la musique devant un public.»

Marie-Annick Béliveau est encore très émotive lorsqu’elle chante. Elle préfère connaître par cœur sa partition. C’est ainsi que la technique devient naturelle. Elle atteint alors ce moment où l’émotion devient son complice et lui permet de bâtir un pont entre elle et ceux qui l’écoutent. Ce ressentie est d’autant plus remarquable pour une artiste qui œuvre en musique contemporaine, car les compositions sont d’une difficulté cérébrale inégalée dans les autres genres.

J’aimerais un jour être capable de faire quelque chose comme cela» est la réaction de Marie-Annick Béliveau lorsqu’elle assiste pour la première fois à la création des Chants du Capricorne de scelsi par Pauline Vaillancourt. Elle est si bouleversée par la pièce, qu’elle retourne voir une deuxième représentation le lendemain. Pauline Vaillancourt a créé cet opéra il y a de cela 20 ans. Elle avait alors chanté et fait la conception de la mise en scène de l’œuvre de Scelsi. On peut imaginer l’émotion de Marie-Annick Béliveau lorsque la directrice artistique de Chants Libres lui confie ce défi en 2015, un beau témoignage de son admiration pour son talent et de sa confiance envers Marie-Annick. Il est difficile de rendre sur scène ce qu’il y a sur la partition. Scelsi a écrit quelque chose de très vocal, il faut l’imprégner jusqu’à ce que, malgré la difficulté d’exécution, les chants deviennent naturels et spontanés.

Marie-Annick a participé au concert d’ouverture du festival MNM, Atlantide dirigé par Walter Boudreau. La partition s’apparente à une performance sportive pour les mordus d’adrénaline, il serait impossible d’ajouter ne serait-ce qu’une seule petite note à l’œuvre. C’est avec passion que Marie-Annick nous raconte cette aventure. Alors qu’elle répétait, l’étoile montante de l’art lyrique contemporain pensait aux émotions des spectateurs.

Pour l’interprète, le partage occupe une place prépondérante. Professeur de chant, elle travaille également dans des centres d’hébergement. Elle est aussi directrice du camp musical de Lanaudière. Elle constate à quel point la musique aide les adolescents du camp à s’en sortir. Pour Marie-Annick, c’est très important de partager ce savoir. Autrement, elle aurait beaucoup trop l’impression d’être déconnectée de la réalité. Il y a beaucoup d’humanité en cette femme.

Le talent de Marie-Annick est teinté de compassion. Des artistes ont changé sa vie. L’impalpable, ce petit quelque chose qui reste après le concert et qui nous aide à vivre, c’est justement ce qui anime Marie-Annick. Une sensibilité qui l’amène à partager ce don dans différents volets de sa vie: sur scène, au camp, dans une classe. Le spectacle devient une expérience et change le monde à sa manère.