Nouvelle

Portrait: Lorena Corradi

Mardi 3 décembre 2013

Codirectrice artistique — L’Arsenal à musique.

«Montréal, Québec, Singapour, Chine, Slovénie, Suisse, Brésil, Italie… une année de décalage horaire!»

Lorena Corradi rencontre son alter ego lors de ses études de piano au Conservatoire de musique Giuseppe Verdi de Milan. Reggi Ettore y étudie la guitare et c’est dans un cours d’histoire de la musique que l’électricité passe. «Nous avons eu une très mauvaise note parce que nous étudions ensemble et que le focus n’était pas vraiment sur l’histoire», rigole Lorena. La complicité s’est très vite installée et le duo est né.

Le choix de venir en Amérique s’est fait avec autant d’éclat. C’est en sirotant un café à Arles en France que le sujet s’invite dans un questionnement sur la prochaine destination. «En 30 minutes, nos bagages étaient faits pour retourner à Milan prendre un vol vers New York». Finalement, la visite à Montréal chez une tante de Reggi repousse la visite de New York. «Nous sommes rapidement tombés amoureux de Montréal, de la ville et des gens», poursuit-elle. Et le séjour de deux trois jours est rapidement devenu quelques mois qui se sont ensuite transformés en quelques années.

Ils s’installent au Québec en 1976 pour y fonder deux ans plus tard cet «attirail d’arts en tous genres» qu’est L’Arsenal à musique qui célèbre ses 35 ans d’existence cette année. D’ailleurs, si on absout le signifiant militaire du mot, arsenal devient «l’ensemble des moyens d’action». La musique doit prendre vie et laisser la place à un théâtre musical dans lequel interviennent d’autres disciplines comme le cirque, la danse, la vidéo. Malgré leur fort accent, leur passion les mène dans les régions du Québec ou un enfant s’exclame un jour à sa professeure: «Ils ont parlé en anglais, mais j’ai tout compris!». Ça a bien fait rigoler Lorena.

Tels des saltimbanques des temps modernes, les artistes portent un message universel au-delà des frontières. Il suffit de constater l’ampleur du chemin parcouru dans la dernière année pour s’en convaincre: Montréal — Québec — Singapour — Chine — Slovénie — Suisse — Brésil — Italie. «Une année de décalage horaire», admet la directrice artistique.

Reste que la mission première est de faire découvrir la musique aux enfants, de stimuler leur curiosité et leur créativité. «Les enfants sont prêts à recevoir ce qu’on leur propose sans a priori et barrière», souligne Lorena. Le duo de musiciens a d’ailleurs conservé ce cœur d’enfant, ces racines et tempérament italiens malgré les années. La plupart des productions sont pour jeune public, et les autres sont surtout conçus pour la famille. Paysage grandiose, numéro de cirque féérique, humour musical, tout est vecteur d’émotions.

Ainsi Alice au pays des merveilles, Le Petit Prince, L’Usine des Sons, Le Clan des Oiseaux, Le Carnaval des Animaux, L’Arche et toutes les autres productions ont voyagé et touché plus de 3 millions de spectateurs. Depuis 1978, L’Arsenal à musique a créé plus de 25 productions originales et a présenté plus de 15 000 spectacles au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Asie.