Nouvelle

Portrait: Jean-François Laporte

Lundi 3 juin 2013

«Depuis que je suis tout petit je suis fasciné par la science, comprendre pourquoi on est là, comment ça fonctionne». Jean-François Laporte — directeur artistique et général des Productions Totem contemporain — est le prototype du québécois d’un autre espace-temps: créatif avec peu de moyens. Pas dans le sens de pauvre, mais bien dans le sens de patenteux, gosseux, mais hautement ingénieux. Lorsque la musique est entrée dans sa vie, il s’est intéressé au son avant de s’intéresser aux instruments de musique.

Lors du grand verglas de 1998, Jean-François est étudiant à la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Les pannes qui suivent la tempête obligent l’université à fermer les portes de la faculté. C’est une occasion rêvée pour lui de s’isoler afin de travailler sur ses projets. Avec la complicité d’un gardien, l’immense bâtiment à flanc de montagne se révèle être un formidable générateur de son. Et c’est peut-être à partir de là qu’il va trouver une façon d’alimenter la plupart de ses instruments: par le vent. Durant ces semaines de vacances, il crée dans les cages d’escalier un accélérateur en calibrant les entrées et sorties d’air à l’aide des portes et fenêtres. Il génère alors une véritable soufflerie dont il enregistre les variations. Comme le silence est complet mis à part le son d’Éole, la prise de son est parfaite.

Ce sera ensuite, les histoires de la «flying can», ou comment recycler ses corps morts après une soirée bien arrosée. Une canne de bière percée au bon endroit et qui se met à chanter une fois qu’elle est lancée en orbite à l’aide d’une ficelle. Viennent ensuite tous les instruments avec des ballons, tuyaux de PVC, klaxons de camion, bols à salade et autres bidules dont les sonorités suscitent l’intérêt de ce joaillier. Le compresseur d’air est devenu au fil du temps un outil indispensable.

«Inventer des instruments, ce n’est pas quelque chose qu’on décide, dans mon cas je ne me lève pas le matin et je me dis: bon, aujourd’hui je vais travailler, je vais faire un nouvel instrument!» La démarche émane plutôt d’une qualité d’écoute différente. Il s’agit de ne pas tenter d’éliminer les sons qui ont tendance à être écartés d’office. «Parce qu’il faut des belles notes, pas de bruit, pas de souffle, pas de ci pas de ça. Mais ces sons-là existent.» Et ce sont justement ces sons de souffle, de frottement, de court-circuit qui intéressent l’artiste.

Avec ces nouveaux instruments, le défi est de créer une palette sonore et de parfaire des techniques de jeu. C’est exactement le but de la série Totem électrique, qui donne la place à des compositeurs qui démontrent une sensibilité à la recherche et création afin d’amener les instruments vers d’autres horizons. Les Benjamin Thigpen, Pierre-Alexandre Tremblay, André Hamel, Wolf Edwards et autres chercheurs de ce monde y sont passés, «ce qui fait qu’au final, ces instruments-là commencent vraiment à avoir plusieurs personnalités et non une personnalité qui est la mienne.»