Nouvelle

Portrait: Olga Ranzenhofer

Mercredi 1 mai 2013

Si Olga Ranzenhofer — directrice artistique du Quatuor Molinari — était sportive, elle ferait sans doute du marathon. Discipline pure où l’effort en solitaire transcende le temps, où souffrance et douleur sont toujours sublimées par la plénitude du moment. L’«état de grâce», grandement attribué aux dopamines, est incarné par la performance musicale, par l’esprit de la scène. Après les heures de pratiques, de répétition, lors de la performance on ressent le même trac, le même repli intérieur, et le même envoûtement. Mais si le marathon ne dégage qu’une émotion communautaire presque tribale, la musique touche quiconque se trouve à proximité.

Et Olga s’y est plongée rapidement. Violoniste, elle a presque toujours connu l’intensité de la musique de chambre, et ce, dès ses études au Conservatoire, puis avec l’orchestre «presque de chambre» de la SMCQ, ensuite dans le Quatuor Morency et, finalement, par la création du Quatuor Molinari en 1997.

Aujourd’hui, nous voilà déjà au 15e anniversaire de ce beau périple dans la musique du dernier siècle. Très peu de groupes tiennent le cap aussi longtemps. Créer en commun est un formidable catalyseur de tensions qui donnent des interprétations transcendantes, mais usent prématurément la pérennité des groupes. Le Quatuor Molinari a su se renouveler tout en conservant son identité et sa signature sonore. La mouture actuelle en est à sa troisième version, mais chaque fois, Olga Ranzenhofer alimente la flamme originelle.

Ce jusqu’au-boutisme incarne bien l’identité du Quatuor ainsi que l’évolution de son répertoire. Le Molinari ne se contente pas de jouer des quatuors à la mode, l’ensemble visite l’œuvre complète de plusieurs compositeurs. Il y a bien sûr une question d’affinité dans le choix de faire des intégrales, mais Olga insiste sur l’intérêt d’une telle démarche: «on voit l’évolution de l’écriture du compositeur et particulièrement dans le cas de R Murray Schafer, moi je vois ça comme une grande œuvre maintenant en douze mouvements.» Que ce soit pour Bartók, Chostakovitch, Schafer, Schnittke, Goubaïdoulina, etc. le Quatuor Molinari est reconnu pour ses intégrales.

Disons qu’Olga Ranzenhofer est quelqu’un de fidèle. Fidèle à ses convictions, mais aussi à ses relations artistiques. Que ce soit avec Guido Molinari, parrain spirituel de l’ensemble, ou avec R Murray Schafer, compositeur de prédilection du QM, Olga développe un véritable terreau artistique dont le résultat direct se traduit en prestation musicale inédite. Le lien privilégié avec M. Schafer se traduit par une intégrale de ses œuvres pour quatuors à cordes et la création de 4 de ses 12 quatuors. Le dernier en liste sera d’ailleurs créé le 17 mai prochain.

C’est le regard allumé et l’énergie dans la voix qu’Olga nous parle de sa relation avec le compositeur canadien qu’elle connait depuis 25 ans: «Il me demande parfois des suggestions sur ses compositions. Il y a vraiment un échange et avec un grand compositeur comme ça c’est absolument extraordinaire.»

Cette année en est une de grandes célébrations pour Olga Ranzenhofer. Les 15 ans du Quatuor Molinari coïncident avec les 80e anniversaires du compositeur R Murray Schafer et du peintre Guido Molinari. Les trois grands esprits de cette belle histoire se sont donné rendez-vous. Et comme le rapporte Lucie Renaud dans un article de la Scena Musicale en 2001, Guido Molinari parlait de sa peinture en des termes musicaux. «Il parlait de rythme, d’harmonies, de hauteur, de timbre, de contours mélodiques», souligne Olga Ranzenhofer dans l’article. Et lorsqu’à son tour elle nous parle de musique, il est question de couleurs, de textures, d’effets, de teintes. Mariage de passion vous avez dit!