Nouvelle

Pourquoi aller au(x) concert(s) de… Réseaux (Akousma 8)

Mario Gauthier
Mercredi 5 octobre 2011

Je vous dirais: parce que Réseaux sont les seuls à proposer la découverte de ce que l’on appelle généralement «la musique électroacoustique».

Vous ne savez pas très bien ce que c’est?

Je vous situe brièvement. C’est né au siècle dernier, en 1948, très exactement, dans les studios de la radio française, à la suite d’une bévue de Pierre Schaeffer, qui en fit, comme il se plaisait à la nommer, la trouvaille. Il était alors réalisateur et enregistrait des sons sur disque (la bande magnétique — que l’on utilise plus aujourd’hui — n’avait pas encore été inventée). Par mégarde, il ferma un sillon du disque alors que l’enregistrement de ce son n’était pas terminé et de cette erreur sont nées toute sorte de choses: le son perdait son identité, en acquérait une autre, se dotait d’une musicalité, etc. En parallèle à d’autres recherches menées en Allemagne par le Docteur Herbert Eimert et un certain Karlheinz Stockhausen pour produire une musique purement électronique, ça a été le début d’une grande aventure qui n’a jamais cessé.

De nos jours, tout le monde connaît la musique électroacoustique, du moins sommairement, car elle est souvent très «gadgétisée» si je peux m’exprimer ainsi. On en entend partout: musique hip-hop, DJ, synthétiseurs et effets de guitare électrique, effets sonores au cinéma sont tous tributaires des découvertes faites dans ce domaine. On en entend, pour ainsi dire, partout. On la pastiche, la plagie, la contrefait sans cesse et toutes ces récupérations souvent douteuses laissent l’impression qu’elle n’existe plus sous une forme «pure», c’est-à-dire proche de l’esprit de découverte qui prévalait à ses débuts. Mais il y a des gens qui gardent le fort.

Réseaux fait partie de ces résistants (résis-temps?) en ceci que depuis 20 ans maintenant, ils proposent des concerts la mettant en valeur, sans compromis et dans des conditions d’écoutes plus qu’optimisées (souvent diffusée dans 24 haut-parleurs avc des systèmes plus qu’hi-fi). Souvent aussi, ils en proposent l’écoute dans le noir, afin que l’aspect visuel n’interfère pas sur l’écoute. Chaque œuvre, chaque écoute deviennent alors une expérience en soi et au cœur du son. L’onirisme n’est jamais loin, non plus que la possibilité de «contempler un son». Avec les yeux de l’esprit s’entend.

J’aime à penser qu’elle n’est pas la «musique du futur», celle dont Michel Chion, un des créateurs les plus originaux dans ce domaine, se demandait «si elle [avait] un avenir» (Michel Chion), mais qu’elle est celle de maintenant, mais qu’on ne sait pas encore bien l’écouter. Et qu’elle est bien plus proche de nous qu’on le croit. Sauf qu’au lieu de donner à entendre «un air», une ritournelle, un fredon, une «toune», elle propose d’écouter la voix des choses, le chuintement de l’air, le tonnerre que cache le silence, etc.

S’y trouve donc la musique qui se cache dans ce que l’on appelle péjorativement le bruit. Tous ces sons que l’on connaît d’emblée intimement. Qui sont si proches de nous que c’est sans doute pour ça qu’on les écoute si mal. Du moins, actuellement.