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Origines

La musique électroacoustique: rencontre de l’électricité et de l’acoustique

Les premiers enregistrements sonores

La musique électroacoustique, c’est créer de nouveaux sons, les transformer, les reproduire, les amplifier et les projeter dans l’espace.

Un peu partout dans le monde, la fin du XIXe siècle et le début du XXe sont marqués par une prolifération d’inventions techniques et technologiques, qui mettent en relation l’univers sonore avec les possibilités offertes par l’électricité.

Des prototypes de nouveaux instruments sont créés, comme le télégraphe musical d’Elisha Gray ou des instruments électroniques tels le Telharmonium, le Theremin ou encore les ondes Martenot.

Les instruments traditionnels accroissent leurs possibilités et se dotent de nouvelles palettes sonores, grâce aux transformations rendues possibles par les techniques d’amplification. Ainsi en est-il de la guitare électrique, par exemple, dans les années 20.

Les créations, en 1877, du phonographe de Thomas Edison et du Paléophone de Charles Cros permettent enfin d’enregistrer, de conserver et de lire des sons à partir d’un support. Ceci donne ainsi la possibilité de conserver une mémoire de phénomènes sonores et musicaux uniques qui peut-être ne se reproduiront jamais.

Bien que quelques essais aient été tentés dès 1860, un des premiers enregistrements de ce type est celui d’une comptine, Mary Had a Little Lamb.

Offrir aux compositeurs la possibilité de reproduire le son leur ouvre de nouvelles perspectives. Certains utilisent ces nouveaux moyens en les mêlant discrètement à l’orchestre. Ainsi Ottorino Respighi, en 1923, dans le 3e mouvement (Pini del Gianicolo) de Pini di Roma, utilise un enregistrement de rossignol diffusé sur gramophone et le mélange aux sons orchestraux.

D’autres, comme John Cage, assignent aux électrophones et aux tourne-disques un rôle aussi important qu’au piano et à la percussion. Son œuvre Imaginary Landscape No. 1 est généralement considérée comme la première pièce de musique mixte, c’est-à-dire d’une musique élaborée autour de l’interaction instrument/électroacoustique. Cage poursuit cette démarche dans Imaginary Landscape No. 4, œuvre dans laquelle douze récepteurs radio sont confiés à deux interprètes, et forment ainsi la matière musicale de la pièce, puis dans Imaginary Landscape No. 5, où ce sont 42 disques de jazz qui sont utilisés en simultané.

Incident ou révélation: l’écoute du micro sillon fermé

La naissance de la musique concrète et électroacoustique

En 1948, Pierre Schaeffer, alors ingénieur acoustique à la RTF (Radiodiffusion-télévision française) à Paris, laisse par inadvertance un disque 78 tours tourner en sillon fermé sur un extrait qui se répète indéfiniment en boucle. Mais, au lieu de mettre un terme à ce qui devrait n’être qu’un incident technique, il écoute attentivement ce phénomène, et en perçoit tout le potentiel musical. Ce qui le séduit principalement est le fait que cet extrait sonore, du fait d’être répété, perd son sens contextuel et revêt un nouveau sens musical. Pierre Schaeffer reproduit ce phénomène à partir d’autres fragments sonores; pour lui, c’est une révélation!

Dès lors, de nombreux compositeurs (particulièrement issus du courant de musique acousmatique ou des sons fixés) prennent en considération les sons, non plus en tant que porteurs de significations liées au contexte dans lequel ces sons ont été produits, mais pour leurs qualités sonores. Pour ces compositeurs, l’objet sonore devient la matière musicale qui leur permet de composer.

Amériques d’Edgard Varèse

Cette nouvelle façon d’envisager le son et la musique avait été amorcée par d’autres précurseurs. En dehors même du milieu musical, de nombreux artistes au sein des mouvements futuristes ou dadaïstes avaient considéré le bruit, ou en tout cas les sons complexes, comme ayant un fort potentiel musical. Parmi eux, le groupe des Bruitistes autour de Luigi Russolo, qui organisaient dès 1914 des «concerts de bruits». À leur suite, John Cage, pour qui «tout est musique», avait développé une approche musicale prenant en compte les sons issus du monde de l’électricité, en les plaçant au cœur de l’œuvre. Varèse, de son côté, mélangeait régulièrement les instruments traditionnels avec des dispositifs de production sonore liés à l’électricité, comme par exemple les sirènes des pompiers de New York dans son œuvre Amériques.

Grâce à la rencontre de l’électricité et de l’acoustique, la création musicale s’est ouverte sur une nouvelle écoute, une nouvelle perception du son, de nouvelles sonorités ainsi que sur des perspectives novatrices concernant la composition musicale. Depuis, une multitude de courants musicaux, d’instruments inattendus et de dispositifs en tous genres se sont développés, et ont enrichi à la fois le monde sonore et le langage musical.

Trois orientations musicales peuvent être distinguées au sein de la musique électroacoustique:

  • la musique acousmatique,
  • la musique mixte et
  • la musique en direct (live electronics).

Parfois, elles s’interpénètrent dans la démarche de certains compositeurs, ou se complètent.

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